BETTINA RHEIMS

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(c) Bettina Rheims, Laetitia Casta, 2002

La MEP propose une très belle rétrospective du travail de B. Rheims. D’une salle à l’autre on découvre les différentes séries de l’artiste et à travers elles, ses lubies : la femme, la beauté, le sexe, le genre… Ses femmes dont les portraits en grands formats et aux plans serrés plantent leurs yeux dans les vôtres et vous demande de les prendre comme elles sont. Parfois fardées, parfois théâtralisées, elles s’offrent entièrement à l’objectif. Les matières sont très présentes dans l’œuvre de Rheims, on sent la douceur du satin, des velours, la rugosité du tulle, du cuir et du latex. Mais lorsque les sujets sont suffisamment forts sans avoir besoin d’artifice, tel que dans « Modern Lovers » ou sa série sur les femmes en prison, la photographe, laisse toute sa place au modèle. Saluons d’ailleurs la scénographie qui avec pertinence met en vis-à-vis les prisonnières aux yeux fuyants, s’excusant d’être là et les stars de la chanson sensuelles et ostentatoires. L’ascension des escaliers de la MEP vous mènera au ciel, avec la série I.N.R.I. Apothéose de la recherche de la beauté, de la composition, tout en bousculant le politiquement correct. Beau et bouleversant !

B. Rheims – Maison européenne de la photographie (28.01.16 – 27.03.16)

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Embrasse moi au Sunset (mais paye moi un cocktail d’abord)

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(c) Mickael A. Bandassak

Avec sa déco très travaillée, le Sunset dénote un peu des bars du quartier Jules Joffrin dans lequel il s’est installé en novembre 2015. Les deux salles alternent couleurs chaudes et froides avec une première pièce lumineuse aux murs laissés bruts et une seconde, d’un bleu enveloppant et chaleureux. La liste des cocktails est brève mais tous sont originaux et délicieux (8-9€ le cocktail). Croyez-nous, on les a tous testés. La carte des plats propose des mets d’une qualité rare en petites portions. Pour un repas normal, comptez environ trois portions par personne. Paris fleurit de ce nouveau concept qui a généralement pour conséquence de gonfler sévèrement l’addition et de vous laisser sur votre faim. Point de ça ici. En effet, les prix sont raisonnables (6-8€ la portion) et surtout les plats sont divins et créatifs comme le potimarron rôti au miel de romarin, ricotta fumée, graines torréfiées, shizo  ou l’onglet de bœuf au whisky, purée de carotte fumées, béarnaise, œufs de harengs et pommes de terre croustillantes (à tomber). Vous ne regretterez donc pas l’expérience. Si en bonus vous êtes servis par le très efficace et sympathique Kevin, vous passerez une très bonne soirée. Seule ombre au tableau, le bar ne prend pas de réservation et, victime de son succès, le lieu devient infranchissable après 20h.

Aux alentours de 30€ par personne (1 cocktail + 3 plats + 1 verre de vin)

SUNSET, 100 rue Ordener, Métro Jules Joffrin 

Le livre d’Incardona est une arnaque !

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collection Finitude / photographie Rêve familier

Car derrière un très mauvais titre, se cache un très bon livre. Les personnages évoluent dans un univers sordide qu’est l’autoroute en plein mois d’août, vérolé par la présence d’un tueur en série d’enfants. Sujet lourd, donc, poisseux. Et pourtant, avec son écriture incisive et des saillies humoristiques récurrentes qui sont autant de respirations, l’auteur nous maintient la tête hors de l’eau. Les personnages de cette tragédie grecque, meurtris ou meurtriers, avancent implacablement vers leur Destin. Les phrases sont brèves, le style est cru. C’est une toile de Pollock avec de la pisse, de la bile et de la rage. Ce petit tour sur l’autoroute en laissera certains sur le bas côté mais les autres se paieront une virée d’enfer.

Derrière les panneaux il y a des hommes – Joseph Incardona, Finitude, 2015

Ta soumission si tu l’acceptes …

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(c) Collection Flammarion / photographie Rêve familier

Ce livre offre plusieurs niveaux de lecture et en cela il est très intéressant… Très perturbant aussi. Comme dans tous les romans de Houellebecq le personnage principal est un quarantenaire qui subit la vie (première signification du titre) et qui erre dans une société en perte de repères religieux et moraux. Sa seule interaction avec les autres se fait au travers d’un écran. Il commande des putes comme on commande une pizza. Or la société dans laquelle il évolue est en pleine mutation. Après un mandat présidentiel de Hollande décevant, Marine Le Pen se retrouve au second du tour de la présidentielle, face à un candidat qui est à la tête du premier parti musulman de France. La guerre civile menace. Ce dernier est élu. Alors la France retrouve des repères : société patriarcale, les femmes sont invitées à rester à la maison (ce qui réduit le taux de chômage), l’enseignement devient religieux (les profs d’université doivent démissionner ou se convertir), les pays du Maghreb et la Turquie sont invités à rejoindre l’Europe. Ce docu-fiction a crée le scandale. Pourtant c’est très bien pensé et invite à la réflexion. La laïcité est-elle indispensable à la démocratie en France? Qu’est-ce qu’un islam à la française ? Il souligne également à quel point les choses que l’on pense immuables peuvent facilement disparaitre ce qui, à l’aune d’une réforme constitutionnelle est clairvoyant. Houellebecq sait prendre le pouls de la société. Finalement, ce qui dérange dans ce roman, ce n’est pas la réflexion politique mais la vision archaïque que l’auteur porte sur les femmes. Quelque soit le modèle de société, laïc ou musulman, la femme est soumise à l’homme (deuxième acception du titre), comme objet de contemplation et de plaisir. Plus choquant encore est le fait qu’aucun des personnages féminins du livre n’objecte à cet état, comme si cela était parfaitement intégré. Et parce que la femme n’a aucune place dans cette fiction, où les codes de la famille, du travail et de la religion sont remis en cause, le roman nous laisse sur notre faim, avec léger goût rance dans la bouche.

Soumission, Michel Houellebecq, Flammarion, 2015

The BIG short

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Dans le vocabulaire de la bourse, « shorter » une valeur, c’est parier sur sa dépréciation. Le « big short », c’est l’histoire d’un pari tellement absurde que personne n’y croyait avant 2007 et la crise des subprimes. The Big short explique donc comment la dépréciation de valeurs adossées au marché immobilier est devenue possible et comment quelques heureux en ont tiré parti. Titrisation, CDO, CDS, … le propos est didactique et réussit en tout cas à susciter l’envie de comprendre. Notez que la bourse est le seul véritable protagoniste de l’intrigue. Si son sort vous captive un peu, je ne doute pas que le film vous tienne en haleine pendant ces deux heures de retournements quasi psychologiques. Les autres seront peut-être un peu déçus par l’absence de personnages vraiment « romanesques ».

The Big Short, real: Adam McKay, 2015, Paramount Pictures France

Chez Joy aujourd’hui, c’est ravioli !

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(c) Maria H.

Ce traiteur thaï de la rue Daguerre, « Chez Joy », a eu la bonne idée de mettre quelques tables dans son échoppe pour qu’on puisse déguster sur place Bo Bun, soupes et autres salades thaïes. La décoration est sans prétention mais néanmoins charmante avec ses dessus de table aux motifs géométriques dans les tons pastels, d’inspiration Ferm Living. Cela manque de chaleur pour qu’on ait envie d’y rester des heures (cela reste un traiteur), néanmoins vous passerez déjà beaucoup de temps à faire votre choix tant leur carte est alléchante. Le menu à 12,50€ du soir fait parfaitement son office proposant entre autres un assortiment de vapeurs suivi d’un curry et d’un dessert. Mais nous vous conseillons de craquer pour la carte, avec un Bo Bun, un Pad Thaï ou bien encore la soupe de raviolis-nouilles qui est un ravissement pour les papilles. A faire si vous passez dans le quartier.

Grandes Soupes ou Salades: 9€-10€ / Plat: 5,5€ / Riz Gluant: 3€

Chez Joy- 84, rue Daguerre, 75014 – Métro Denfert (01 43 20 01 68 – fermé le dimanche)

Blackstar – David Bowie

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(c) Jonathan Barnbrook

Blackstar est un album pénétrant. Sept chansons (durant de 5 à 10 min chacune) qui vous enveloppent littéralement et dont les mélodies pour certaines d’entre elles ne vous quitteront plus. Les deux premières sont des morceaux de jazz avec une batterie rock où le saxophone absolument grandiose monte en puissance jusqu’à nous mettre des claques dans la tête dans le deuxième titre Tis a Pity whe was a whore morceau en lui-même percutant qui commence par un prophétique « Man, she punched me like a dude ». Ses paroles sont crues, étranges mais envahissantes. Et lorsque Bowie demande « Where the fuck did Monday go ? » dans Girl loves me, la réponse à cette question, qui nous apparaît alors comme fondamentale, semble être la clé pour comprendre le sens de notre existence. Enfin, s’il nous dit dans sa dernière chanson qu’il ne peut tout donner, Bowie nous aura en fait beaucoup donné dans ce dernier album de grande qualité.

Blackstar, D. Bowie, Columbia Records, 2016