Dans l’œil du cyclone

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(c) Rêve familier

Il y a de quoi être déconcerté devant l’œuvre de l’américain Cy Twombly, décédé en 2011, à laquelle le Centre Pompidou consacre une rétrospective. Twombly a suivi une formation classique mais il s’est attaché à désapprendre les techniques du dessin pour produire des œuvres spontanées, où seul reste le geste. « Cy », diminutif de « Cyclone », était le surnom de son père lorsqu’il était joueur de Baseball. Un surnom qui seyait également à ce peintre qui fit table rase de tous les codes. Ses premières toiles, couvertes de griffures, chiffres et dessins géométriques, évoquent l’écriture automatique des surréalistes. La couleur, qui fait son apparition dans la deuxième salle, est appliquée dès la sortie du tube et étalée avec les doigts – Twombly voulait aller vite pour ne pas perdre son inspiration initiale. La Littérature est présente dans la plupart de ses toiles. Ça et là, on déchiffre le titre d’une scène, le nom d’un personnage ou un extrait de poème. Certains auteurs sont cités ou évoqués régulièrement : Homère, Mallarmé, Goethe, Leysley Banch… D’autres toiles sont au contraire déconnectées de toute référence et, par la même, plus difficilement « lisibles ». Twombly était un cas à part parmi ses confrères expressionnistes abstraits et n’a pas toujours été épargné par la critique à l’exception notable de Roland Barthes. A vous de piocher dans cette œuvre, sans a priori, en vous laissant aller et en n’essayant pas (toujours) de comprendre. Car Twombly « ne veut rien saisir ; il se tient, il flotte, il dérive entre le désir – qui subtilement anime la main – et la politesse, qui lui donne congé »*. En ce qui nous concerne, le temps s’est suspendu lorsque nous avons découvert le cycle Fifty Days at Iliam, inspiré de la guerre de Troie. « Ilium », le nom antique de Troie devient ici « Iliam » en référence au héros Achille dont l’ami Patrocle est tué par Hector. Cet épisode obsède Twombly sans doute parce qu’il est la concentration de sentiments forts et contraires (tristesse, faiblesse, rage et violence). Nous ne sommes pas revenus complètement indemnes de ce cyclone…

 *Cy Twombly ou « Non multa sed multum » de Roland Barthes, préface de « Cy Twombly, catalogue raisonné des œuvres sur papier » par Yvon Lambert, volume VI (1973-1976). Ed. Multhipla. Milan, 1979, Ed. du Seuil, 1995 ; nouvelle édition, 2002

Exposition Cy Twombly, Centre G. Pompidou, jusqu’au 24 avril 2017

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