Bahia de tous les saints

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(c) A. Puccinelli/ tips/ Photononstop

Cette semaine c’est une aventure brésilienne que nous vous proposons. L’écriture argotique et poétique de Jorge Amado vous transportera dans la vibrante et superstitieuse Bahia Lire la suite

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Cadres Noirs

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(c) P. Lemaître / Livre de Poche

S’il a remporté en 2013 le prix Goncourt avec « Au-revoir là-haut » un roman d’inspiration picaresque, P. Lemaître est avant tout une référence dans le monde du policier. Ce psychologue de formation -cela explique beaucoup de choses- qui écrit seulement depuis une dizaine d’années, s’est en effet illustré avec Robe de  Mariée et la quadrilogie Verhoeven (Travail Soigné, Alex, Sacrifices, Rosy & John). Cadres Noirs quant à lui, s’inscrit dans la tradition des romans noirs américains, populaires à partir des années 1920, dans lesquels le personnage principal est souvent un anti-héros, évoluant dans un univers social violent, avec en filigrane une vision critique de la société. Dans cet opus, nous assistons à la lutte d’un ancien DRH de cinquante-sept ans au chômage depuis quatre ans. Passé de la motivation à la désillusion puis à l’acceptation, il enchaîne les boulots alimentaires humiliants. C’est pourquoi, le jour où on accepte de le recevoir en entretien, il est prêt à tout pour réussir. Même à accepter de  participer à un jeu de rôle prenant la forme d’une prise d’otages qui a pour objectif de tester la réaction des candidats au stress et aux situations de crise*. A partir de là, tout va partir en vrille. En plus de traiter avec justesse les effets dramatiques du chômage sur l’estime de soi et sur celle de son entourage, la dramaturgie du roman est brillante et le suspens total. Le genre de livre que l’on dévore pour en connaitre la fin mais qu’on refuse de lâcher afin de continuer à jouir du shoot d’adrénaline. Vous l’aurez compris, un de nos must.

* Aussi incroyable que cela puisse paraître, cette histoire est inspirée de faits réels. En 2005 le président de la régie publicitaire de France Télévision à soumis ses cadres dirigeant à une fausse prise d’otage lors d’un séminaire. L’une des victimes a même été licenciée car sa réaction avait été jugée incompatible avec les besoins de l’entreprise. Le président de la régie a finalement été condamné par la Cour de Cassation pour « complicité de violences préméditées, avec armes et en réunion et séquestration».

Cadres Noirs, P. Lemaître, Calmann-Lévy 2010, Livre de Poche 2011

En attendant Bojangles où l’hymne à la folie douce

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(c) Finitude 2016

C’est un très beau roman que signe Oliver Bourdeaut en dressant le portrait d’une famille dont le noyau central est la mère : une femme à la folie douce envoûtante et dont l’amusante extravagance devient peu à peu destructrice. A travers elle, c’est la relation d’un père et de son fils qui est racontée. Liés par un amour indéfectible pour cette femme, ils sont prêts à la suivre jusqu’au bout du monde, de son monde. La très belle idée de Bourdeaut est de raconter, avec une écriture fine et malicieuse, l’histoire du point de vue de l’enfant avec ce qu’il comporte de naïveté mais également de clairvoyance et de le compléter par celui du père. Le livre se lit en deux temps trois mouvements mais reste en nous comme une chanson entêtante. Cette chanson, c’est évidemment celle de Nina Simone, « M. Bojangles », dont est tiré le titre du roman et qui y tient un rôle majeur. Un air beau et triste à la fois.

En attendant Bojangles, Olivier Bourdeaut, Finitude, 2016

La vengeance est un plat qui se mange froid

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Dantès sur son rocher, affiche de Paul Gavarni, 1846, source BNF

C’est l’histoire d’un homme, qui, trahi par les siens pour des raisons de basse morale (jalousie, ambition, lâcheté) se retrouve enfermé dans les geôles du Château d’If. Découvrant que ce n’est pas la Providence qui l’a privé du bonheur qui lui était promis, il jure la perte de ses bourreaux. Si l’intrigue est simple_ la vengeance_ la trame du roman est véritablement complexe. En effet, Monte-Cristo que les malheurs ont rendu aussi puissant que cruel, élabore un plan machiavélique dont ni les personnages, ni les lecteurs ne soupçonnent le, ou plutôt les, dénouements. S’il prend son temps pour accomplir sa vengeance, Dumas prend le sien pour la narrer. Mais cette œuvre de 1500 pages est palpitante grâce au style parfaitement fluide et divertissant de son auteur. Les protagonistes offrent un beau terrain de jeu à la satire qui est parfois un peu convenue (le politicien arriviste, le juge immoral). Notons également la présence assez surprenante, mais qui cette fois, n’a rien de caricaturale, d’un couple lesbien, l’un des premiers dans l’histoire de la littérature française.  Jusqu’à quelle extrémité ira le Comte pour se venger ? Connaîtra t-il le remord ? Sera t-il, enfin, heureux ?

Le Comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas, 1844