ON A LU, ON A AIMÉ

AMERICANAH, de Chimamanda Ngozi Adichie

livre-americanah-chimamanda-ngozi-adichieIfemelu quitte le Nigeria pour aller faire ses études à Philadelphie. Elle laisse derrière elle sa famille et son amoureux, Obinze, qui rêve lui aussi d’Occident. Ifemelu l’étudiante, va être confrontée à l’image que les autres projettent sur elle : femme, étrangère, noire. Ifemelu tente de trouver sa place aux Etats-Unis où la question raciale est omniprésente. Devra-t-elle, pour y parvenir, renoncer à son passé ? A Obinze ?

Ce roman est un coup de cœur. Chaque personnage a de la profondeur et leurs parcours sont autant de facettes de l’identité noire contemporaine. Americanah est un roman passionnant, fin, actuel mais aussi une belle histoire d’amour.

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La vengeance est un plat qui se mange froid

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Dantès sur son rocher, affiche de Paul Gavarni, 1846, source BNF

C’est l’histoire d’un homme, qui, trahi par les siens pour des raisons de basse morale (jalousie, ambition, lâcheté) se retrouve enfermé dans les geôles du Château d’If. Découvrant que ce n’est pas la Providence qui l’a privé du bonheur qui lui était promis, il jure la perte de ses bourreaux. Si l’intrigue est simple_ la vengeance_ la trame du roman est véritablement complexe. En effet, Monte-Cristo que les malheurs ont rendu aussi puissant que cruel, élabore un plan machiavélique dont ni les personnages, ni les lecteurs ne soupçonnent le, ou plutôt les, dénouements. S’il prend son temps pour accomplir sa vengeance, Dumas prend le sien pour la narrer. Mais cette œuvre de 1500 pages est palpitante grâce au style parfaitement fluide et divertissant de son auteur. Les protagonistes offrent un beau terrain de jeu à la satire qui est parfois un peu convenue (le politicien arriviste, le juge immoral). Notons également la présence assez surprenante, mais qui cette fois, n’a rien de caricaturale, d’un couple lesbien, l’un des premiers dans l’histoire de la littérature française.  Jusqu’à quelle extrémité ira le Comte pour se venger ? Connaîtra t-il le remord ? Sera t-il, enfin, heureux ?

Le Comte de Monte-Cristo, Alexandre Dumas, 1844

Ta soumission si tu l’acceptes …

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(c) Collection Flammarion / photographie Rêve familier

Ce livre offre plusieurs niveaux de lecture et en cela il est très intéressant… Très perturbant aussi. Comme dans tous les romans de Houellebecq le personnage principal est un quarantenaire qui subit la vie (première signification du titre) et qui erre dans une société en perte de repères religieux et moraux. Sa seule interaction avec les autres se fait au travers d’un écran. Il commande des putes comme on commande une pizza. Or la société dans laquelle il évolue est en pleine mutation. Après un mandat présidentiel de Hollande décevant, Marine Le Pen se retrouve au second du tour de la présidentielle, face à un candidat qui est à la tête du premier parti musulman de France. La guerre civile menace. Ce dernier est élu. Alors la France retrouve des repères : société patriarcale, les femmes sont invitées à rester à la maison (ce qui réduit le taux de chômage), l’enseignement devient religieux (les profs d’université doivent démissionner ou se convertir), les pays du Maghreb et la Turquie sont invités à rejoindre l’Europe. Ce docu-fiction a crée le scandale. Pourtant c’est très bien pensé et invite à la réflexion. La laïcité est-elle indispensable à la démocratie en France? Qu’est-ce qu’un islam à la française ? Il souligne également à quel point les choses que l’on pense immuables peuvent facilement disparaitre ce qui, à l’aune d’une réforme constitutionnelle est clairvoyant. Houellebecq sait prendre le pouls de la société. Finalement, ce qui dérange dans ce roman, ce n’est pas la réflexion politique mais la vision archaïque que l’auteur porte sur les femmes. Quelque soit le modèle de société, laïc ou musulman, la femme est soumise à l’homme (deuxième acception du titre), comme objet de contemplation et de plaisir. Plus choquant encore est le fait qu’aucun des personnages féminins du livre n’objecte à cet état, comme si cela était parfaitement intégré. Et parce que la femme n’a aucune place dans cette fiction, où les codes de la famille, du travail et de la religion sont remis en cause, le roman nous laisse sur notre faim, avec léger goût rance dans la bouche.

Soumission, Michel Houellebecq, Flammarion, 2015